Plan détaillé du commentaire du poème de Victor Hugo pour le cours du mercredi 19 octobre

 

Objectif 1 : Découvrir un texte de Victor Hugo qui dénonce l'illusion de la civilisation déjà au XIXème siècle et s'inquiète de la destruction que la pseudo civilisation entraîne.

objectif 2: s'initier à la méthode pour faire un commentaire littéraire en la pratiquant étape par étape.

-Toujours déterminer le thème: la civilisation, dans ce cas

-Toujours déterminer la thèse quand il s'agit d'un texte argumentatif, c'est-à-dire le point de vue qui est énoncé sur le thème: dénonciation par Hugo de ceux qui prétendent civiliser mais qui en fait détruisent la nature, le monde sauvage.

- Déterminer des axes de lecture, des centres d'intérêt du texte selon la façon dont il est construit, pour cette fois je vous ai donné les axes:

I. Eloge ( ce mot est masculin), célébration du monde sauvage

pour mieux lui opposer l'action destructrice des civilisateurs

II Dénonciation de l'action destructrice, prédatrice des "civilisateurs", satire de la civilisation prédatrice

-A l'intérieur de chaque axe trouver dans le texte, des arguments, des procédés d'écriture qui le confirment.

Pour L'éloge du monde sauvage:

  Ce qui est dit de la nature :

 - « ses lacs, miroir d’un dieu secret »(v. 9) : « monts sacrés » (v. 30) : nature associé à spiritualité, espace divin.

- Énumération du végétal, du liquide, de différents habitats (abris) ;

- Profusion : « soleil » », « branches », « fleurs », « champs »: pluriels qui donnent de l'ampleur à la nature

- Personnification : « cette vieille nature âpre (sévère), hautaine ( qui porte haut, se sent supérieure), intègre ( parfaite au physique comme au moral) » (v. 31) : comme une vieille reine : sentiment de respect

Tout d’abord évoqués par des pluriels évoquant son étendue, et sa profusion, mais rapidement, ’associée à la vie spirituelle, au sacré. Ensuite personnifiée comme une présence vénérable qu’on doit respecter.

-          -Ce qui est dit des habitants autochtones :

2/ Un être édénique selon le poète: la vision valorisée de l'autochtone

(vers 11 à 15 + un peu dans la 2ème strophe)

- Hugo le voit comme un "frère".

- Défini par son habitat : « bois », « antre » (grotte), « rivage » : lieux naturels.

Associé à la nature : « insensé des branches et des fleurs » : branches porteuses de fruits et de feuilles, donc de vie. « Insensé des branches… fleurs » : leur rapport à la nature est profond ; ce n’est pas juste un habitat.

- Associé à la lumière : « soleil », « mille couleurs » (référence à leurs tenues, plumes, perles, tatouage), symboliquement à la joie

- Associé aux origines du monde : « enfant », « soleil », « Adam » : la métaphore « enfant du soleil » en fait à la fois un être innocent et divin.

« homme lion » (33) : métaphore inspiré par les Africains peut-être vêtus de peaux de lion, ou en tout cas, vivant dans le même habitat : le lion roi des animaux : l’homme sauvage = roi de la nature sauvage, guerrier noble (aussi évoqué par « tomahawk » (34) : hache de guerre amérindienne.

un être intimement lié à la nature, innocent, beau, joyeux, majestueux et céleste : effectivement un Adam.

Nombreuses expressions ambivalentes : certains termes pourraient être connotés négativement: sauvage, sombre, naïf, insensé, inutile. Ces adjectifs disent comment les voient les "civilisateurs" européens parce que les autochtones ne valorisent pas la raison ( insensé) et ne pensent pas à exploiter la nature ( inutile), mais y vivent en harmonie. 

Hugo cependant redonne une valeur étymologique à certains de ces mots négatifs: sauvage signifie "de la forêt" ( latin silvaticus), naif = à l'état d'origine , tel qu'à sa naissance, donc proche de la nature

3/ Un être inférieur selon les Européens

Différent des Européens par la peau et le comportement : « sombre », « insensé », « inutile », « brute », « nègre » : opposé au blanc utile et normal, civilisé : modèle bourgeois du 19ème siècle.

 Vision du bon sauvage idéalisée chez Hugo  opposée à la vision raciste des colonisateurs européens.

 

II LA CIVILISATION européenne critiquée comme prédatrice

1/ Le monde colonisé par les Européens dans toute son étendue et les méfaits de la colonisation

- la « civilisation », qui est pour Hugo un "jargon" , ce qui annihile dès le début du texte les idées mélioratives habituellement associées au terme : culture, humanisme, progrès, paix…aboutit à un « monde épouvanté » (21).

- le repérage géographique mondial par régions, et capitales : monde entier mais monde colonisé par Anglais (Gange, Tibet, Sydney, Melbourne), Espagnols (Lima, Cuba, Andes, Cordillères), Français (Nil), divers Européens (Orégon, San Francisco) montre que la colonisation s'étend partout.

-Les Européens qui colonisent sont vus comme de « noires fourmilières » (4) : multitude abaissée à la vie des insectes ; l’adjectif de couleur est péjoratif. Associable à « obscur jargon » (1) : « obscur » reprend « noires » et « jargon » : langage incompréhensible : déshumanise aussi.

Attention à la valeur de l'adjectif différente quand il est antéposé et postposé: noires fourmilières n'est pas exactement semblable à fourmilières noires cf un pauvre enfant et un enfant pauvre.

L'antéposition de l'adjectif donne une valeur plus affective au mot, plus subjective, la postposition a une valeur plus factuelle: noire = de couleur sombre, pauvre=qui n'est pas riche  

Les Occidentaux croient civiliser" un monde", le verbe modalisateur "croire" nuance la portée réelle de leur action. 

- Au vers 8 avec la répétition de la notion de "fièvre", la colonisation est vue comme une maladie, une pandémie qui "trouble", perturbe le monde sauvage idyllique.

 

2/ L’Européen est un prédateur maléfique

- « homme plus reptile », « homme ver » : dans l’évolution des espaces, stade primitif ; et associable au serpent de la Genèse, symbolisant le Mal (développé aussi par « dur », « cynique » (18) ; cette évocation discrète du mythe biblique apparaît aussi dans « autre nudité » (18) : Adam était nu (tout comme le bon sauvage) ,allusion peut-être aussi à la nudité des mœurs dépravées, à la prostitution qui accompagne les guerres, les conquêtes, l'expansion du commerce.

On peut y ajouter « vautré dans la matière » (17), qui évoque l’animal plongé dans la boue, image de malpropreté, de vice, et dénonciation du matérialisme européen développé dans les vers suivants

- le matérialisme, le goût excessif de la richesse : « cupidité » (17), « idolâtre du dieu dollar », « fou » (écho à « insensé ») qui palpite […] pour une pépite »

 C’est l’appât du gain qui caractérise et avilit l’occidental. Hugo se livre ainsi à une critique du capitalisme qui fait de la recherche du profit la valeur principale pour les Européens.

3. Les violences:

- destruction de la forêt assimilée par métaphore au viol d'une "vierge"

- colonisation! "vous peuplez le désert" ( vers 16) lieux inhabités aux yeux des Européens alors que des groupes humains y vivent, peu nombreux, phénomène d'appropriation de la terre, "remplacer les huttes" par des bâtiments architecturaux et des moyens de transports: longue énumération. " nous remplaçons ces brutes": le verbe "remplacer" peut évoquer les génocides de population indigène remplacés par des colons.

-déportation, exil: "jetés dehors" V15, "vous chassez " vers 11: forcé de partir et traqué comme un animal

- l.22 "L"esclavage" : privation de la liberté au nom de la liberté des colons, " chiens chassant au nègre": allusion directe au sort des esclaves noirs qui tentent de s'évader.

- thème de la fièvre de l'or qui contamine tout le monde "âmes cherchant de l'or" (32) ruée vers l'Or cf conquistadors espagnols au XVIème siècle et chercheurs d'or en Amérique , allusions aussi aux maladies qui se répandent dans des populations qui ne sont pas immunisées contre certains microbes.

Victor Hugo se livre à une dénonciation virulente du comportement raciste et esclavagiste des Européens dans leur expansion coloniale et impérialiste.

Au nom du Progrès: Victor Hugo montre l'hypocrisie du discours des Occidentaux qui prétendent apporter le Progrès alors qu'ils sont destructeurs:les paroles ( vous dites, qui se dit)  s'opposent aux actes. Ils sont obligés de "crier" pour convaincre , ce qui n'est pas bon signe.

Le discours élogieux, laudatif du "nous" c'est à dire des Européens apparait comme hypocrite: "contemplez le progrès (29), "dans la pleine lumière humaine où nous voguons": sentiment de supériorité ( lumière de la raison, lumière divine), sorte de douceur du verbe "voguer" qui ne correspond pas à la réalité.

liste des signes de la civilisation (24-27-28) en quantité excessive "monceaux". commerce, transport, luxe, culture avec accumulation de l'adjectif possessif "nos" qui indique la propriété mais pas vraie civilisation puisqu'au prix de la violence selon Hugo.

 Conclusion: Le poème s'inspire du mythe du bon sauvage pour évoquer les populations vivant dans la nature puis il fait le tableau terrible de la colonisation de l'Occident sur le monde entier, qui asservit et détruit.Il s'agit donc d'un poème engagé par lequel V.Hugo dénonce les méfaits du capitalisme libéral. Il nous invite à regarder avec respect les autres peuples et leur mode de vie.

Ce que nous avons fait en classe s'appelle faire un plan détaillé de commentaire ( étape avant la rédaction)

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