Cours du mercredi 9 novembre: Wood'stown, une histoire angoissante qui relève du fantastique
1. Une
histoire angoissante
Le but est de montrer que le fantastique produit des effets de peur.
1. Quels sont les éléments qui vous paraissent fantastiques dans l’évocation de
la forêt ?
2. Quels sont les sentiments ressentis par les habitants de Wood’stown devant
l’invasion de la forêt ?
UN TEMPS ANGOISSANT
On s’appuiera sur le travail précédent pour montrer que la chronologie du récit
est facteur d’angoisse. La force ennemie étant réglée sur le calendrier des
saisons, le temps qui s’écoule rapproche inéluctablement les hommes de leur
défaite. De plus, il y a l’effet d’accélération qui précipite la chute de
Wood’stown, à partir de l’arrivée du printemps. On pourra parler d’un récit
dramatisé.
UNE DOUBLE MENACE
Première menace : l’encerclement puis l’envahissement par la forêt.
Deuxième menace : les planches de bois qui ont servi de matériau de
construction reviennent à leur état de nature initial. La ville redevient
forêt. Une phrase résume ces deux menaces : « Évidemment la forêt venait
reconquérir sa place au bord du fleuve et ses arbres, abattus, dispersés,
transformés, se déprisonnaient pour aller au-devant d’elle. ̈
LE GIGANTISME ET LA PROLIFÉRATION
La dimension de la forêt dépasse l’échelle habituelle. Le narrateur insiste sur
le gigantisme : « immense forêt ̈, « toutes ces lianes ̈,« toutes ces racines
̈, « arbres gigantesques ̈, « racines monstrueuses ̈, etc.
La vigueur de la végétation est elle aussi étonnante. Exemple :« Quand on
l’abattait par un bout elle repoussait d’un autre. ̈ Cette vigueur incroyable
explique la prolifération de la forêt renaissante au printemps (à partir du
quatrième paragraphe).
Le temps de la repousse, plus rapide que la normale, est proprement fantastique. Exemples : « le sol commença à s’agiter, soulevé par des forces invisibles et actives [...].Tout à coup, [...] tout était saupoudré d’une teinte verte, [...]c’était une quantité de bourgeons microscopiques [...] ; mais, avant le soir, des bouquets de verdure s’épanouissaient partout sur les meubles[...]. Les branches poussaient à vue d’œil ̈, etc. Cette accélération temporelle va de pair avec l’envahissement de l’espace. On fera relever les expressions de la quantification (« une quantité de bourgeons ̈, « tout était saupoudré ̈, « toute une avant-garde de ronce ̈, « tous les appartements ̈, etc.) et les pluriels (« les branches ̈, « ronces ̈, « lianes ̈,« les grappes fleuries ̈, « des papillons ̈, « les abeilles ̈, etc.). On insistera sur le style énumératif qui produit l’impression d’accumulation, et la complexité des phrases qui miment l’entrelacement des branches et des lianes. On pourra s’appuyer sur le 8e et le 9e paragraphes pour le montrer (de « D’heure en heure ̈ à « le dôme immense des catalpas ̈).
LA PERSONNIFICATION DE LA FORÊT
La représentation de la forêt est facteur d’angoisse car elle est proprement
fantastique : la forêt est personnifiée sous la forme d’un être vivant
monstrueux. Eléments de personnification, les traits physiques (« elle regardait ̈, « comme des ailes ̈,etc.)
et les traits psychologiques (« quelle rancune terrible elle gardait contre
cette ville de pillards ! ̈, etc.).
LES
SENTIMENTS DES HABITANTS :
l’incompréhension , amusement, étonnement, la peur. On soulignera les effets de crescendo.
2. La nouvelle Wood'stown = Un apologue ( récit qui a une fonction argumentative)
UNE FABLE
ÉCOLOGIQUE
Les hommes sont montrés avant tout comme les destructeurs de la nature. On
pourra ainsi analyser le 2e paragraphe. Liés au feu (les incendies) et à la
glace (la neige), les fondateurs de Wood’stown construisent leur cité nouvelle
sur un paysage d’holocauste. La dernière phrase de ce paragraphe fait entendre
une ironie grinçante : après avoir infligé une double mort à la nature, «
désormais on pouvait bâtir ̈.
Dans le 4e paragraphe, les hommes sont assimilés à de véritables parasites (des «
pillards ̈). Le nom même de la ville indique que « tout Wood’stown était fait
avec sa vie à elle ̈, la forêt.
Enfin, l’organisation urbaine (voir le 3e et le 4e paragraphes) s’oppose à la
profusion désordonnée de la luxuriante végétation.
Le conte peut alors se lire comme la revanche de la nature sur la culture, du
vierge et du vivace sur l’artifice et le mortel.
UNE FABLE NATURALISTE
On aura soin de rappeler la proximité de Daudet avec le naturalisme, mouvement
qui proclame que le monde est régi par ce qu’Auguste Comte nomme les « lois de
la nature ̈. Aucun homme ne peut se soustraire à ce déterminisme universel, celui du biologique. Il
est donc possible d’interpréter le conte comme une métaphore de la condition
humaine. Les hommes essaient de lutter contre la puissante nature (installation
d’une ville). Ils semblent y réussir un temps (construction au prix d’un combat
acharné). Mais cette victoire n’est qu’un leurre. La forêt reprend ses droits
et efface toutes les traces du désordre que les hommes ont généré.
À la fin, le règne sans partage de la nature est entièrement rétabli. On ne se
soustrait jamais aux « lois de la nature ̈.
UNE FABLE TRAGIQUE
La réflexion sur le naturalisme amène à parler de la dimension tragique du
texte. La construction de Wood’stown n’émane-t-elle pas d’un rêve prométhéen ?
L’hybris des hommes ( leur démesure) est notamment signalé par l’expression « ville insolente ̈.
Mais cette entreprise n’est possible que parce que les hommes semblent inconscients
de leur démesure. Ils n’en prennent conscience qu’une fois la reconquête
végétale bien entamée :
« On ne s’aperçut de rien. [...] Cette bizarrerie [...] amusa sans inquiéter ;
[...] la foule se pressait pour voir les différents aspects du miracle. Les
cris de surprise, la rumeur étonnée de tout ce peuple inactif donnaient de la
solennité à cet étrange événement. Soudain quelqu’un cria : “Regardez donc la
forêt !” et l’on s’aperçut avec terreur que,depuis deux jours, le demi-cercle
verdoyant s’était beaucoup rapproché.
[...] Alors Wood’stown commença à comprendre et à avoir peur." ̈Il est même
possible de déceler de l’ironie tragique, par exemple dans l’évocation de ces
savants, gardiens du savoir, qui délibèrent, mais qui ne serviront de rien –
peut-être même, peut-on voir, dans cette allusion, un trait satirique porté
contre les positivistes de l’époque qui tiennent la science comme la clef de
l’émancipation et du progrès. De même, le contraste qui oppose l’aspect
paradisiaque de la nature et l’enfer que vivent les habitant de Wood’stown
participe-t-il de cette même tonalité.
Relire le 8e paragraphe et noter la phrase : «
Puis,comme une ironie au milieu de ce désastre [...] comme une preuve de durée.
̈
Enfin, l’incipit, par anticipation, revêt un aspect burlesque. Relisons les
premières phrases : « L’emplacement était superbe pour bâtir une ville. Il n’y
avait qu’à déblayer les bords du fleuve. ̈ Tout le reste du récit vient démentir l’optimisme de ce début.
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