Vendredi 25 novembre: Rencontre avec la romancière Marine Westphal, autrice du roman, Olympe Mauvaise Graine
Demain je préparerai avec vous cette rencontre en étudiant avec vous le début du roman Olympe Mauvaise graine en lecture linéaire.
Il y a 5 exemplaires du roman complet au CDI et vous pouvez aller les emprunter.
Voici les premières lignes du roman dont nous ferons une lecture linéaire:
Incipit de Olympe mauvaise graine
La base : voler, séduire pour distraire, distraire pour voler, voler pour compter, compter pour manger. C’était la mécanique du Dépôt. Dès mon plus jeune âge, je compris qu’il fallait plaire pour s’en sortir. Avoir une bonne tête était un atout et visiblement la mienne inspirait confiance.
Le grand patron Luis me forma à l’art du vol le jour où je gagnais une course contre Roberto, ce qui n’était pas du flan. Il découvrit de quoi j’étais capable quand j’y mettais toutes mes tripes et ça lui plut. Roberto était un rat de compétition comme il en restait peu dans le quartier, nourri avec le contenu de la pelle à balayette de la cuisine : des épluchures, des rognures d’ongle, des mouches crevées. Un régime riche en fibres et protéines. Pour renforcer l’endurance et la musculature de l’animal, Luis avait coincé un bout de plastique dans la roue de sa cage. Roberto courait avec la régularité d’un métronome et le chtakachtchaka de sa roue faisait partie de la régularité de notre musique quotidienne. A force de cavaler jour et nuit, ses pattes devinrent aussi grosses que les pilons de poule du marché Saint Grognard. Le jour où je le battis sur les cinquante mètres qui séparaient le portail du dépôt du panneau stop au virage, Roberto me lança un regard dépité avant de retourner cavaler dans le bureau de Luis. Il se vautra à plusieurs reprises à cause de ses cuisses congestionnées par l’effort. J’aurais eu de la peine pour lui si ça avait pas été interdit par le règlement qui prétendait que la pitié était un truc pour les riches. J’étais comme une dingue. Des mois que je m’entrainais à piquer des pointes dans la cour sous le regard incrédule des camarades qui ne pouvaient pas comprendre ce qui se jouait. Je sautai et bourrai de coups mes quadriceps tétanisés : j’avais enfin gagné le droit de travailler avec Mineur, qui n’était pas mon grand frère mais c’est tout comme, parce qu’on dormait dans la même chambre. Lui, ça faisait des années qu’il volait pour le dépôt.

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