Commentaire du début et de la fin du roman Une Vie ( à relire avant le prochain cours)

 1. Circonstances des deux extraits:

- incipit: repère chronologique: la veille, 2 mai 1819. Jeanne a quitté le couvent où son père l'avait envoyée pour parfaire son éducation. ( Situation courante au début du XIXème siècle) Elle est prête à partir dans la demeure familiale où elle a passé son enfance, les Peuples.

-Fin du roman: 29 ans plus tard, Jeanne en cette soirée de printemps revient de la gare. Elle est allée y attendre Rosalie, envoyée à Paris pour chercher la fille de son fils Paul dont la femme vient de décéder.

Le roman s'ouvre sur un matin de départ et se referme sur un retour lors d'une soirée.

Les deux passages mêlent la description du personnage et celle de paysage.

2. Situation initiale ( A) et situation finale (B):

A. Jeanne est seule ( elle attend la décision de son père cependant), son nom apparaît deux fois en tête du premier et du troisième paragraphe : position de mise en valeur, c'est elle le personnage principal. Elle est caractérisée par des termes qui révèlent son désir de partir:" ayant fini ses malles, sortie du couvent, libre enfin pour toujours, prête à saisir tous les bonheurs de la vie dont elle rêvait depuis si longtemps". On va du concret: finir ses malles" à quelque chose de plus abstrait, à la rêverie du bonheur. Pour Jeanne ce départ du couvent a l'air d'une nouvelle naissance, d'un départ vers la vie. L'on sent son impatience trop longtemps contenue avec les adverbes "enfin", "si longtemps". elle est avide de vivre intensément: "saisir", le pluriel de bonheurs en témoignent.

"Sortir, libre," le mouvement vers la fenêtre signalent son désir d'échapper au monde clos du couvent, son sentiment d'étouffement dans ce qui apparaît comme une sorte de prison. Enfin elle va vivre et le récit de sa vie commence le jour de sa sortie du couvent. L'on sent qu'elle se fait une image très positive de son avenir avec l'évocation de "tous les bonheurs" qu'elle veut "saisir.Le lecteur se demande si sa rêverie se concrétisera ou si elle ne sera qu'une illusion que la vie de Jeanne viendra démentir.

Les verbes employés " s'approcha, elle cueillit le calendrier, elle biffa à coups de crayon, rayant" sont d'abord des verbes d'action qui soulignent la vivacité, une sorte de joie. Elle ne peut rester en place. la façon dont elle rature les jours précédant sa sortie témoigne de sa volonté de quitter son passé qui la retenait prisonnière pour se lancer vers l'avenir. 

Son esprit connaît aussi une activité intense. Le verbe rêver à l'imparfait a non seulement le sens d'imaginer mais aussi celui d'appeler de ses souhaits. "Interroger pour la centième fois ( hyperbole) Ce que craint Jeanne ce n'est pas l'inconnu de son avenir mais de ne pas partir encore., craindre contiennent toute son impatience

A la première page du roman Jeanne est en attente: elle attend son départ pour le s Peuples mais surtout la vie dont elle est avide de découvrir tous les bonheurs. le lecteur devine que la rêverie porte surtout sur l'amour.

B. Jeanne n'est pas seule: Rosalie, une servante , l'accompagne et Jeanne tient sur ses genoux la fille de son fils Paul. ( Mais pas de mention du père et du mari)

Deux systèmes de verbes s’opposent dans le texte, d'abord des verbes qui montrent Jeanne dans une sorte d'état second: balbutia, le reçut machinalement, murmura, n'ajouta rien, regardait droit dans le ciel

Elle semble perdue, indifférente à ce qui se passe, à l'enfant sur ses genoux; elle est plongée dans une sorte de torpeur qui l'empêche d s'exprimer. Le regard est fixe: elle ne regardait pas le ciel, ce qui serait actif. Maupassant écrit "dans le ciel"comme si elle s'absorbait en mui.

Le deuxième groupe de verbes signale un changement radical dans son attitude: "elle découvrit, se mit à l'embrasser furieusement, la soulevant dans ses bras, cribler de baiser" Elle est prise d'une frénésie de gestes envers l'enfant. la violence impliquée par l'adverbe" furieusement" et la métaphore "cribler de baisers" révèlent une émotion intense en contraste total avec son indifférence précédente.

Que s'est-il passé? " une tiédeur" "traversant ses robes", "une chaleur de vie" "gagna ses jambes" la chaleur du petit être pénétra sa chair" , tous ses termes relèvent du champ lexical des sensations, de ce qui se passe dans le corps et c'est bien là le signe du naturalisme du texte: les effets du corps agissent sur les comportements. Jeanne éprouve un retour de vitalité transmis physiquement par le contact avec sa petite fille. Au plus profond de sa "chair" elle ressent un appel à la vie: "une émotion infinie l'envahit" Son corps comme son esprit semblent se remettre en marche.

la dernière image que nous offre le roman est celle d'une femme devenue vieille précocement, inerte et indifférente qui n'attend plus grand chose de la vie et se coupe du présent jusqu'au moment où le corps du bébé vient susciter en elle un retour de la vie, presque instinctif, lié à la chaleur du corps frêle du petit être. Quelque chose semble renaître à la vie en Jeanne.

 comparaison des deux cadre-spatio-temporels:

Première page: le mur, la fenêtre, le ciel, l'horizon.

la pièce où se trouve Jeanne est simplement évoquée. l'absence de toute description véritable témoigne de l'absence totale d'intérêt de Jeanne pour les lieux où elle se trouve. En revanche le paysage extérieur est sans limite et va vers l'infini.

Le cadre repose sur une opposition entre l'étroitesse des lieux où se trouve Jeanne ( une pièce du couvent) et l'infini du paysage. Le couvent est bien perçu comme une prison et tout ce qui se trouve au-dehors, la liberté. Le personnage est à l’intérieur mais entièrement tournée vers l'extérieur.

Dernière page: la gare, la voiture, le ciel, l'horizon, la terre, les plaines.

La gare et la voiture sont simplement nommées et non décrites. Ils ne sont d'aucun intérêt pour Jeanne plongée dans sa torpeur ni pour le narrateur qui centre sa description sur le paysage.

Mêmes limites du paysage que dans le texte du début: l'horizon, le ciel.

Jeanne ne regarde pas le paysage; son regard est fixe et absent. c'est donc le narrateur qui nous fait voir ce qu'elle ne voit pas. Le personnage , muré en lui-même ne voit pas ce qui se passe à l'extérieur. ( à suivre)

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