Cours du mercredi 17 mai: Etude de Quand vous serez bien vieille...de Ronsard.
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Quand vous serez bien vieille…
Pierre de Ronsard
Quand vous
serez bien vieille, au soir, à la chandelle,
Assise auprès du feu, dévidant et filant,
Direz, chantant mes vers, en vous émerveillant :
Ronsard me célébrait du temps que j’étais belle.
Lors, vous
n’aurez servante oyant telle nouvelle,
Déjà sous le labeur à demi sommeillant,
Qui au bruit de mon nom ne s’aille réveillant,
Bénissant votre nom de louange immortelle.
Je serai
sous la terre et fantôme sans os :
Par les ombres myrteux je prendrai mon repos :
Vous serez au foyer une vieille accroupie,
Regrettant
mon amour et votre fier dédain.
Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain :
Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie.
Pierre de Ronsard, Sonnets pour Hélène, 1578
Introduction.
CONTEXTE.
Pierre de Ronsard est un poète français du XVIème siècle (1524-1585), qui fut
l’un des membres les plus éminents du mouvement de la Pléiade,groupe de
sept poètes dont le but était de rendre hommage aux auteurs de l’Antiquité et
de donner à la langue française un éclat nouveau et incomparable. Il est notamment
connu pour ses Odes, ses sonnets amoureux et l’écriture d’une épopée, la
Franciade.
TEXTE. Le
sonnet qui est proposé à notre étude s’intitule « Quand vous serez bien vieille
», il est extrait du recueil Sonnets pour Hélène, paru en 1578. Ce sonnet
s’adresse à Hélène de Surgères, une jeune suivante de Catherine de Médicis.
Ronsard est déjà, au moment de l’écriture, un poète célèbre mais une assez grande
différence d’âge sépare le poète de la jeune Hélène. Il lui fait des avances en
anticipant le fait qu’elle sera bientôt vieille, et laide, et qu’elle se doit,
pour rendre
hommage à sa beauté, de céder à la séduction.
PROBLEMATIQUE
ET PLAN. Comment Ronsard use-t-il de l’écriture poétique pour immortaliser une
beauté destinée à dépérir ? Nous verrons dans un
premier
temps le caractère original de la tentative de séduction de Ronsard. Nous
analyserons enfin comment la poésie est célébrée par le poète, à travers la
figure de la
femme aimée et son propre éloge.
Développement.
Le poème
développe le thème très connu du carpe diem, l’invitation à jouir du moment
présent. Ce sonnet s’adresse à une belle indifférente. La situation d’énonciation
est celle d’un discours que le « je » (v. 9) du poète consacre à une jeune
femme vouvoyée comme l’attestent les nombreuses occurrences du pronom
personnel sujet à la deuxième personne du pluriel « vous » aux vers 1, 3, 5, 11
ainsi que le déterminant possessif « votre » au vers 12. Si le vers 12 oppose l’«
amour » de Ronsard au « fier dédain » d’Hélène, c’est pour s’inscrire dans le
topos 1 du poète rejeté par sa belle. De
fait, le discours direct du vers 4, supposément
tenu par Hélène dans le futur, caractérise la locutrice par sa beauté alors
envisagée comme passée avec l’imparfait : « du temps que j’étais belle ».
En effet,
Ronsard dresse un cruel portrait proleptique 2 d’Hélène. Le premier vers annonce le ton du poème car il place l’adjectif
qualificatif « vieille »,intensifié
par l’adverbe « bien », à l’hémistiche. Si la femme aimée se définit par sa
beauté dans le présent, elle se définira par sa vieillesse dans le futur, comme le confirme
la périphrase péjorative « une vieille accroupie » (v. 11). La rime entre «
chandelle » (v. 1) et « belle » (v. 4) suggère également la fuite du temps.
Ronsard
propose ainsi un sombre tableau de sa destinataire : le champ lexical de la lumière
(« chandelle » v. 1, « feu » v. 2, « foyer » v. 11), contrastant avec le moment
symbolique du « soir » (v. 1), distille une atmosphère mélancolique en
clair-obscur, tandis que les participes présents « dévidant et filant » (v. 2)
font d’Hélène une
Parque3 condamnée à la monotonie de sa
tâche, seulement entrecoupée par le souvenir de Ronsard (v. 3-4).
Dans ce
contexte, le carpe diem prend un sens particulier. La pointe du sonnet
constitue une traduction des mots d’Horace : « Cueillez dès aujourd’hui les roses de
la vie. » La métaphore renvoie évidemment à la fragilité de la vie, qu’il faut
saisir dans le présent, comme le souligne la rime interne entre « aujourd’hui
» et « vie ». Mais, les roses symbolisant la beauté, ce conseil à l’impératif
suggère que c’est en répondant à l’amour du poète qu’Hélène pourra
profiter de
l’instant présent. Il n’est donc pas anodin que, par son rythme ternaire, le
vers 13 fasse de l’injonction « Vivez » un conseil personnel : « si m’en croyez ».
Ronsard se veut le parfait traducteur de ce conseil.
TRANSITION.
Ronsard utilise donc une stratégie de séduction originale envers Hélène de
Surgères, lui rappelant que le temps est cruel mais le poème a un but second,
il indique aux lecteurs que la littérature et notamment la poésie est
immortelle.
Le poète
transforme donc ce sonnet en son propre éloge. Il occupe la moitié du poème et
se désigne par un vocabulaire mélioratif : « chantant mes vers, en vous émerveillant
» (v. 3). L’allitération en [v] attire l’attention sur les vers de Ronsard. Le
fait que le poète s’imagine mort au moment où Hélène sera « une vieille accroupie »
lui permet de ne pas dresser d’autoportrait dévalorisant. Au contraire, il
s’imagine l’apparence immatérielle d’un « fantôme sans os » (v. 9) figurant parmi les
couples célèbres des Enfers. Le complément circonstanciel de lieu « Par les
ombres myrteux » (v. 10) renvoie en effet à la mythologie, faisant accéder
Ronsard à
l’immortalité littéraire. D’ailleurs, le myrte est une plante associée à
Aphrodite, la déesse de l’amour : non seulement la poésie lyrique rend Hélène éternelle,
mais elle transfigure le poète lui-même. La double négation « Lors vous n’aurez
(...) ne s’aille réveillant » que l’on observe aux vers 5 et 7 correspond à une
affirmation. Elle signifie ici que toute servante apprenant que Ronsard a
célébré Hélène sortirait de sa torpeur pour glorifier sa maîtresse. Ronsard
confirme bien que son
nom est doté de pouvoirs.
1 Un topos, des topoï : motif littéraire et artistique
que l’on retrouve fréquemment dans des œuvres, sorte de cliché. Exemple : la
scène de première rencontre.
2 Proleptique : de prolepse, évoquer le futur. Par
opposition à l’analepse, un retour en arrière.
3 Parque : chacune des trois déesses (Clotho, Lachésis,
Atropos) qui président à la destinée des hommes en filant, dévidant et coupant
le fil de la vie.
En réalité, plus qu’il ne célèbre Hélène, ce sonnet glorifie le pouvoir
d’immortalisation de la poésie. L’hyperbole « Bénissant votre nom de louange immortelle »
(v. 8) rime avec l’adjectif qualificatif « belle » (v. 4), sous-entendant que
seule la poésie peut figer le temps destructeur. Les alexandrins précédents donnent
d’ailleurs l’impression que la seule mention de Ronsard est capable de redonner
vie, comme le montrent l’antithèse entre « sommeillant » (v. 6) et «
réveillant »
(v. 7) ainsi que le champ lexical du son parcourant les quatrains pour exprimer
le pouvoir évocatoire de la poésie « Direz chantant mes vers » v. 3, « oyant » v.
5, « bruit » v. 7). La répétition du mot « nom » (v. 6 et 7), d’abord pour le
poète, ensuite pour Hélène, signifie que si cette dernière fera l’objet d’une bénédiction,
c’est uniquement parce que la notoriété de Ronsard sera associée à elle.
Conclusion.
BILAN. Ce
poème est déroutant car Ronsard dépeint un portrait péjoratif de la femme qu’il
cherche à séduire. Il met en avant les dangers de la vieillesse et le
caractère
fugace de sa beauté. Mais en faisant ainsi, il consacre également la beauté
d’Hélène, à qui il réserve l’écriture d’un poème. Surtout, ce poème rend sa
beauté
immortelle, puisqu’elle sera souvenue de tous, même plusieurs siècles après sa
mort. Le poème célèbre également la toute-puissance de la littérature qui,
à l’instar
de tout art, est seule capable de dépasser la mort.
OUVERTURE.
Avec un autre texte de Ronsard. On retrouve le thème du carpe diem dans «
Mignonne allons voir si la rose », sonnet du même Ronsard qui
se concentre
sur le parallèle entre la fleur et la beauté, toutes deux éphémères. OU BIEN,
avec un autre auteur. Le thème du carpe diem et de la toute-puissance
de la poésie
dépasse la période du seizième siècle, on retrouve ainsi ces deux thèmes dans
le célèbre poème « Une Charogne » tiré des Fleurs du Mal de Charles Baudelaire
en 185
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