L'hypothèse Gaia ( Bruno Latour) ( introduction à la séquence sur le défi écologique)
Gaïa est un concept qui touche à la mythologie, aux sciences, à la philosophie et à la spiritualité.
A l’origine, Gaïa (« terre » en grec ancien) est une déesse mythologique. C’est une divinité de toute première importance, puisque Gaïa donne naissance à toutes les autres divinités et créatures : c’est donc la puissance créatrice, féconde.
Gaïa est elle-même issue du chaos primordial : elle est donc la première force organisée, signe de l’émergence d’une forme de vie et de conscience au sein de la matière. Gaïa enfante Ouranos (le dieu du Ciel) pour que ce dernier puisse l’envelopper de sa présence et la féconder ; par suite Gaïa et Ouranos donnent naissance aux Titans (dont Cronos), divinités qui précèdent les dieux de l’Olympe.
Face au caractère autoritaire et désordonné d’Ouranos, qui n’hésite pas à ensevelir dans les profondeurs de la Terre ses propres enfants, Gaïa s’allie à son fils Cronos pour renverser Ouranos. Elle confectionne une faucille qu’elle confie à Cronos, avec laquelle ce dernier coupe les parties génitales de son père. Ces dernières, en flottant sur les eaux, engendreront la belle Aphrodite (Vénus). Plus tard, le petit-fils de Gaïa, Zeus, se révoltera lui-même contre Cronos, comme si le récit mythologique était en quête permanente d’un dieu meilleur.
Ces conflits entre les descendants de Gaïa (ou théomachie) montrent la double nature de la déesse primordiale : à la fois créatrice et destructrice, belle et terrible. Nous retrouvons là les caractéristiques de la Nature vivante telle que nous la connaissons.
Gaïa est donc associé à la Nature. C’est la raison pour laquelle le scientifique James Lovelock a appelé « hypothèse Gaïa » sa théorie selon laquelle la Terre peut être assimilée à un organisme vivant auto-régulé et unitaire.
Selon cette théorie :
- l’ensemble des êtres vivants sur Terre (biomasse) formerait une sorte de superorganisme,
- la planète Terre doit être vue comme un ensemble cohérent, incluant le règne vivant et le non-vivant, dans une sorte d’harmonie globale. Ainsi, biosphère, lithosphère, hydrosphère et atmosphère seraient interconnectés,
- la vie est un phénomène qui ne doit pas être séparé de son milieu, les interactions étant au coeur de l’hypothèse gaïenne. Bien au-delà de la simple adaptation des êtres vivants à leur milieu, il y aurait une continuité entre le monde vivant et le monde inerte, entre le biologique et le non-biologique,
- de fait, le milieu a aussi un rôle à jouer dans le maintien de l’équilibre entre les espèces et de la vie en général.
L’hypothèse Gaïa a donc tendance à effacer toutes les barrières entre vivant, non-vivant, milieu, chimie, biologie, climat, gravitation, etc.
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