Analyse du tableau: les événements dans le roman ( cours du jeudi 15 décembre)
1. c'est la vie de Jeanne de 17 ans à 46 ans qui fournit la trame de la fiction.
- Les événements de cette vie sont d'une banalité déconcertante: si l'on excepte l'assassinat de Julien et Gilberte par le compte de Fourville, mari de Gilberte, tous les événements heureux et malheureux sont ceux qui jalonnent toute vie: mariage, naissances, deuils. la vie de jeanne devient donc représentative de la vie de bien des femmes de l'époque. d'ailleurs Maupassant n'a pas donné à son roman le nom d'une femme bien précise comme Flaubert lorsqu'il écrit Emma Bovary ou Zola quand il écrit Nana , mais un titre très général Une Vie ( l'article indéfini impliquant que la vie de Jeanne est une vie parmi bien d'autres.
-L'auteur raconte les événements dans l'ordre chronologique.
-Du point de vue de la fable, l'histoire, quatre grandes étapes se dessinenet délimiéts par des événements décisifs pour l'avenir de jeanne: son mariage au chapitre IV, l'annonce de sa maternité prochaine au chapitre VII, la mort de Julien au chapitre X
- Les chapitres I à III racontent sa vie de jeune fille; les chapitres Iv à VII sa vie d'épouse, Les chapitres VIII à X sa vie de mère, les chapitres XI à XIV sa vie de veuve et de mère malheureuse.
C'est tous les trois chapitres qu'un événement décisif, lourd de conséquences se produit. Rôle charnière du chapitre IV( où Jeanne se marie) qui assure la liaison entre la vie de jeune fille et celle de femme. Le chapitre VII( où Jeanne apprend qu'elle est enceinte) relie sa vie d'épouse à sa vie de mère. Au chapitre X la mort de Julien fait d'elle une jeune veuve de 20 ans.
-Si l'on compare la durée de l'histoire et la longueur de la narration ( c'est-àdire le temps écoulé dans la réalité et la place occupée par ces diverses périodes dans le roman) on constate que la narration se fait en trois étapes totalement disproportionnées:
° la première délimitée par deux retours aux Peuples( retour du couvent, retour du voyage de noces)= 6 mois de la vie de Jeanne et occupe 5 chapitres sur les 14 du roman.
°la deuxième délimitée par la mort de Julien ( chapitre X) raconte deux ans et demi de la vie de jeanne et occupe également 5 chapitres ( de V à X)
° la troisième regroupe de événements qui s'étendent sur 26 années ( du printemps 1822 au printemps 1848) et occupe les 4 derniers chapitres.
En résumé: 6 mois: 68 pages, deux ans et demi=110pages, 26 ans= 60 pages.
la première étape est celle du bonheur de Jeanne qui croit réaliser tous ses rêves. événements heureux. Rythme de la narration assez lent: 14 pages pour raconter deux journées : les 2 et " mai qui pour jeanne marquent le début de sa vie. 6 pages au chapitre II pour relater "la vie charmante et libre que jeanne connaît aux Peuples, les deux ou trois semaines qui précèdent sa rencontre avec Julien. Brieveté du chapitre II, le plus court du roman souligne combien jeanne jouit peu de sa liberté toute neuve: en quelques semaines elle passe en effet de l'autorité du père aimant à celle de son amri.
Chapitre IV et V , Maupassant accélère la narration dès qu'il raconte la réalisation des grands rêves de Jeanne. Ainsi 6 lignes et deux pages suffisent à rendre compte du charme des fiançailles, le m^me nombre de page est consacré au destin de la tante Lison. la scène du val d'Ota n'occupe que deux pages. 17 lignes pour l'ivresse amoureuse des deux époux.
Mais la première période n'est pas dénuée de désillusions: nuit de noce ratée, indélicatesse de Julien, son avarice. Le narrateur s'attarde sur ces moments pénibles.: cf 5 dernières pages du chapitre IV où le narrateur s'attarde sur la montée de l'angoisse de Jeanne puis ses désillusions et les défauts de Julien.
la manière dont Maupassant ralentit et accélère le rythme du récit témoigne déjà dans cette première aprtie du décalage entre les rêves de Jeanne et la réalité: le rêve du bonheur dépasse le temps du bonheur vécu qui s'enfuit très vite.
-La 2èm étape narrative voit s'accumuler les événements négatifs: ligne descendante vers de plus en plus de malheurs. Seul événement positif la naissance de paul, mais moment vécu dans le souvenir de l'accouchement parallèle de Rosalie et d la trahison de Julien. le rythme du récit s'accélère, accumulation d'événements négatifs qui culmine au chapitre X avec l’assassinat de Julien et Gilberte. Les plus longs chapitres du roman ( VII, IX) s'attardent sur les malheurs de Jeanne. Accélération qui crée un effet de chute, de déchéance, longueur des chapitres qui symbolise l'installation dans le malheur.
- la troisième étape narrative raconte en quatre chapitres les 26 ans de la vie de Jeanne esseulée. 22 ans pour le chapitre XI suggère que Jeanne toute à son adoration pour son fils n'a pas vu le temps passer au fil de la monotone succession des jours. Ensuite la vie de Jeanne se fige, il ne se passe plus rien: désespérance et inaction, elle se replie sur son passé et sur sa souffrance.
Seule la dernière page avec la chaleur transmise par la petite fille à jeanne donne le sentiment d'un regain de vie possible.
Conclusion:
Les décalages qui séparent le temps de l'histoire et le temps de narration sont profondément révélateurs:
- la vie de jeanne paraît divisée en trois grandes phases:
) la première est ascendante: c'est pour l'héroine le temps des rêves et de leur concrétisation. Sommet atteint lors du votage en Corse.
-la 2ème est descendante. au fil des désillusions et des deuils, la vie de Jeanne sombre dans le malheur. Le fond de la détresse semble atteint à la mort de Julien et lors de la mise au monde de sa fille morte.
-la 3ème plus nuancée souligne qu'après une chute dans le désespoir la vie de jeanne s'immobilise dans une torpeur douloureuse jusqu'à l'arrive de s apetite fille à la dernière page.
la vie en général est également figurée: le temps de l'attente de la vie n'est-il pas toujours le plus long?Le temps du bonheur ne passe-t-il pas toujours trop vite? la vie ne s'enfuit-elle pas toujours plus vite que nous ne le pensions, dévorée par la répétition des jours?
Vision profondément pessimiste de la vie de Maupassant, tempérée par la pharse qi conclut le roman: " La vie, voyez-vous, ça n'est jamais si bon, ni si mauvais qu'on croit".
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