Commentaire de l'extrait du chapitre 1: la rêverie amoureuse de Jeanne.
Du début du texte jusqu'à "indescriptible"
Commentaire de l’extrait du chapitre 1
L’amour et l’être aimé selon jeanne :
Expressions qui désignent l’amour et l’être aimé : - l’amour, -leur amour, -la seule puissance de leur tendresse, -la sérénité d’une affection indestructible ;
Lui, il en gras
Le mot amour employé deux fois, précédé de l’article, la 2ème fois du pronom possessif = fascination que l’amour exerce sur la jeune fille, mais aussi évolution de sa rêverie : dans son impatience, elle passe très vite d’une rêverie sur l’amour en général à une rêverie sur le vécu personnel de l’amour plus concret. Elle a hâte de donner un visage à l’amour, un nom. Elle ne peut le faire mais les pronoms qu’elle emploie en gras lui donne un caractère unique : l’être aimé est celui qui lui est prédestiné depuis toujours, immédiatement reconnaissable.
« Tendresse » et » affection » plus fades que amour mais renforcés par les termes qui les déterminent : seule puissance, indescriptible : attachement sans faille.
Jeanne croit à la prédestination des deux êtres que l’amour va lier pour toujours : pour elle l’amour n’est pas une passion qui brille d’un vif éclat puis d’éteint pour renaitre auprès d’une autre personne.
Pronoms dans le 1er paragraphe : il = l’amour, l et elle = jeanne, confusion établie au niveau des pronoms entre l’amour et l’être aimé = indice révélateur de l’état d’esprit de Jeanne : son attente de l’Amour et son attente de l’être aimé ne font qu’un. Elle est prête à transposer sur le premier visage masculin son attente de l’être à aimer, elle semble aimer l’amour plus qu’à être apte à aimer quelqu’un pour lui-même. le= l’amour mais repris par lui : celui que jeanne aimera.
Leur vie dans l’avenir :
Disposition croisée des pronoms : elle-l’/ il- la= suggère une parfaite réciprocité.
Phrase 2 : ils ( 3 fois) leurs ( 5 fois) : idée d’une union étroite et d’une réciprocité parfaite. Union parfaite des deux amoureux : Jeanne attend de l’être aimé une ferveur égale à la sienne.
Verbes : lexique amoureux : adorer, chérir, rôle de superlatif par rapport au verbe aimer, elle veut être aimée de l’amour le plus grand, le plus absolu. Elle est prête à idéaliser l’être aimé : rendre un culte à la divinité, il sera tout pour elle. Chérir = tendresse profonde, attachement très fort. Ce qu’elle attend de l’être aimé.
Verbes de mouvement : dans l’espace : ils se promèneraient
Dans le temps : cela continuerait indéfiniment
Ils iraient= relève des deux domaines : à la fois marche dans la nuit d’été mais aussi leur avancée commune dans le temps.
Mode employé conditionnel, mode de ce qui n’est pas : imaginaire, rêve dans sa soif d’absolu ; jeanne attend de vivre un amour passionné et éternel. Elle ne conçoit pas pour définir leur avenir commun d’autre image que celle de la promenade sentimentale : scène romanesque devient une attitude définitive : Et cela continuerait indéfiniment. » (Discours indirect libre qui nous fait pénétrer dans sa rêverie.)
Cc circonstanciels : temps : par les soirs pareils à celui-ci : le moment choisi = moment romanesque par excellence, crépuscule du soir, qui favorise les émois amoureux. De plus la comparaison, révèle que jeanne fait de l’atmosphère du soir de mai plein de douceur et de sérénité celle de toute la vie. = esprit romanesque de jeanne, image idéale qu’elle se fait de l’amour.
Lieu : » sous la cendre lumineuse qui tombait des étoiles » : métaphore presque oxymore : cendre/ lumineuse charme particulier de la lumière nocturne cendre= indication de couleur, concrétise aussi la légèreté presque impalpable et indéfinissable du voile nocturne, présence des étoiles= symbole de l’espoir mais aussi signe d’une vie mystérieuse, venue d’ailleurs, certaine mélancolie d’êtres dispraus qui rayonnent encore. Pour jeanne l’amour ne peut avoir pour cadre la banalité du quotidien, il lui faut le charme d’une nuit étoilée dont on perçoit l’infini mystère et l’infinie douceur// symboles de l’amour dans son esprit ;
Abondance de CC de manière : amour uni à la nuit : » mêlant leur amour à la limpidité suave des nuits d’étés » : transparence et douceur de cette nuit de mai transposées à toutes les autres nuits.
« De toute son âme, de toute sa force » : parallélisme total des deux CC ! réciprocité parfaite de leurs sentiments, de la profondeur de leur attachement.
« les mains dans les mains, serrés l’un contre l’autre, entendant battre leurs coeurs, sentant la chaleur de leurs épaules : enlacement étroit qui demeure chaste : union des cœurs et des pensées : tellement unis qu’ils pénètreraient aisément leurs plus secrètes pensées ». : entendre, sentir, pénétrer révèlent que chacun est passionnément tourné vers l’autre de tous ses sens, de tout son cœur et de tout son esprit.
Tous ces détails (moments choisis, cadre de la promenade sentimentale, attitude des deux personnages) nous laissent deviner sans peine que Jeanne imagine l’amour à partir des scènes idylliques qui peuplent les ouvrages romanesques qu’elle a lus. Pour cette jeune fille ignorante de la sexualité et marquée par une éducation chrétienne, l’amour c’est la fusion des âmes pour l’éternité. Une telle vision de l’amour ne peut que se heurter au réel.
L’intérêt de cette page : ponctuation et graphie
Deux exclamations encadrant le premier paragraphe : l’amour !, elle n’avait plus qu’à le rencontrer, lui ! elles soulignent l’émoi de la jeune fille, son impatience d’aimer. Insistance le-lui.
Interrogation sur laquelle s’ouvre le 2ème paragraphe= volonté du narrateur de s’effacer derrière son héroïne, d’épouser les méandres de ses pensées, de ses émois, incertitudes, rêveries. Mais graphie différente pour il et lui = soulignement de la naïveté de la jeune fille révélation de son idéalisme illusoire.
Indices de la présence du narrateur qui souligne la naïveté du personnage : tournure restrictive : elle n’avait plus qu’à le rencontrer, elle ne se demandait même pas, il serait, lui, voilà tout ou l’ampleur des illusions : Et cela continuerait indéfiniment, dans la sérénité d’une affection indestructible » : insistances qui se teintent d’ironie discrète qui permet au lecteur de garder ses distances par rapport à la vision idéaliste de l’amour de Jeanne.
Rythme de l’avant dernière phrase : six lignes, donc ampleur : rythme croissant créé par des coupes séparant le groupe sujet verbe de CC de plus en plus longs : rythme ternaire
- Ils iraient
- - Les mains dans les mains
- - Serrés l’un contre l’autre
- - Entendant battre leurs cœurs
- - Sentant la chaleur de leurs épaules
- - Mêlant leur amour à la limpidité suave des nuits d’été
- - Tellement unis qu’ils pénétreraient aisément
- - Par la seule puissance de leurs tendresses
- - Jusqu’à leurs plus secrètes pensées.
- Abondance de nasales: son an qui amplifient encore l e rythme de la phrase et suggère la profondeur de cet amour et du bonheur qui en découle.
- Intérêt : présenter l’état d’esprit du personnage et ce qui le conduira à sa perte : sa capacité de rêver. Elle sort du couvent où elle a été élevée, coupée de la réalité comme toutes les jeunes filles de son milieu. Elle s’est nourrie des illusions entretenues par la littérature romanesque dont l’auteur fait discrètement le procès.
- Introduction possible : cet extrait du chapitre1 se situe le premier soir que Jeanne passe aux Peuples après sa sortie du couvent. Exaltée par sa liberté toute neuve, consciente de commencer sa vie, Jeanne s’attarde à sa fenêtre dans la contemplation d’une nuit de mai. Grisée par le paysage nocturne, la jeune fille rêve à l’amour. Le rêve de Jeanne parti de l’amour glisse très vite à l’être aimé et à leur vie commune dans l’avenir.
- Premier axe : définir l’idée que la jeune fille se fait de l’amour et de l’entre aimé ainsi que de son avenir.
- Deuxième axe : mis en scène de cette rêverie du point de vue de Jeanne mais avec la présence discrète du narrateur qui ne partage pas sa vision de l’amour.
- (à suivre: réponses aux questions sur les autres parties du texte)
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