Corrigé de la 2ème partie de la dissertation sur le rôle de la littérature dans la sensibilisation aux problèmes écologiques

 

(...) Cette force de l’image voudrait-elle signifier que la littérature et la rhétorique sont définitivement obsolètes et ne peuvent plus apporter leur contribution à la prise de conscience des problématiques écologiques ? Ce serait faire une erreur d’appréciation grossière.( Paragraphe de transition)

En effet sans les travaux des chercheurs et vulgarisateurs comme l’Effondrement qui vient de Pablo Servigne, fondateur du concept de collapsologie ou Gaia de l’anthropologue Bruno Latour, pour n’en citer que deux, la réflexion sur la relation de l’homme à la nature, au vivant n’aurait pu gagner les heures de grande écoute télévisuelles et médiatiques, propagées par la puissance des réseaux sociaux qui ont donné à lire des extraits de leurs livres, car sur les réseaux, on passe aussi beaucoup de temps à lire, à s’informer par la lecture. Cyril Dion, le réalisateur, utilise  lui aussi les armes de l’écriture pour chercher à alerter les gens. Et en particulier la jeunesse avec Animal, Demain entre tes mains. Tous les moyens sont bons. La lecture d’un texte qui demande concentration et engagement de la part du lecteur, construction du sens, permet un approfondissement des questions abordées.

Mais la littérature n’est pas seulement source d’information. Si elle parvient à nous rendre sensible aux problèmes environnementaux, c’est d’abord parce qu’elle développe notre sensibilité au monde, à la nature. La poésie lyrique qui exprime les émotions et sensation du poète a contribué à nous faire aimer la nature, à nous en faire percevoir les beautés, comme nous le prouve le poème « Sensation » de Rimbaud dans lequel il exprime le bonheur sensuel qu’il éprouve à marcher librement sur « les sentiers » « picoté par les blés », loin de sa ville détestée de Charleville- Mézière, « par la Nature, -heureux comme avec une femme ». C’est la littérature qui a fait que les hommes admirent les forêts, les montagnes et la mer, le ciel étoilé, ce sont les phrases, les vers qu’ils ont forgés qui témoignent de la relation que nous avons avec le monde et dont nous faisons partie. Les poètes et écrivains en nommant le monde, en le décrivant avec précision, chacun à leur manière, nous le donne à percevoir et à ressentir, nous faisant d’autant plus regretter sa dégradation, voire sa disparition.

L a poésie, vecteur de sentiment, révèle aussi les peurs des hommes et notamment celle de la disparition et de la finitude, or le monde comme l’homme peut finir, ce qui est aussi une façon de nous mettre en éveil pour savourer le présent et le protéger. Dans sa « Prophétie », le poète Jules Supervielle imagine, non sans  un certain humour, une sorte de fin du monde : plus de montagnes, plus de reliefs, plus de continents ni de grande ville, et même si le poème finit sur la recréation du monde par Dieu  qui prend la parole et identifie  le chant d’un chardonneret, oiseau qui symbolise la résurrection, la possibilité de la disparition de la terre est tout de même évoquée et nous rappelle sa fragilité, qui a besoin d’être ménagée.

Cependant ce n’est pas la poésie lyrique qui est la plus susceptible de nous faire agir mais bien plutôt la poésie engagée et argumentée telle que la pratiquait Hugo dès le XIXème siècle. Il va utiliser les procédés littéraires, la rhétorique, pour attaquer les prétentions civilisatrices de l’Occident dans un poème intitulé d’après son premier vers : Ce que vous appelez...» Il y montre au contraire que la pseudo Civilisation est destructrice du monde primitif, de la forêt originaire, « vierge » violée par des prédateurs qui ne célèbrent plus le Dieu de la création mais le « Dieu Dollar ». Avec de l’ironie et une grande virulence, il s’en prend à l’appât du gain des colonisateurs qui  détruisent la beauté de la nature et la paix des autochtones. La rhétorique est alors mise au service de la dénonciation des responsables.

Parfois c’est le récit fictif qui est mis au service d’une cause sous la forme d’un apologue qui indirectement donne à penser au lecteur. On peut considérer que la nouvelle d’Alphonse Daudet, Woodstown, qui relate comment une forêt reprend ses droits sur un territoire transformé par l’homme en ville, le bois utilisé dans la construction redevenant vivant et se métamorphosant à nouveau en arbres, comme un texte qui nous avertit des excès de notre exploitation de la nature. Ce qui est en danger lorsque nous exploitons trop la nature, ce n’est pas la nature elle-même qui toujours renaît de ses cendres, mais là possibilité pour l’humanité d’habiter Gaia, cette frange de terre qui n’est pas illimitée et qui a besoin de conditions propices pour nous fournir nourriture, air respirable, eau de vie. Derrière le récit fantastique de Woods’town se cache une méditation sur notre relation à la terre et une invitation à plus de respect et de modération.

L’argumentation littéraire comme on le voit peut prendre plusieurs formes. La plus efficace à mon sens étant celle du discours en lui-même qui peut-être lu comme prononcé. La force de conviction et de persuasion d’un discours tient à la rhétorique mise en œuvre et à la sincérité perceptible de l’orateur, ainsi en 1974, une adolescente, Severn Susuki, dans l’un des grands sommets internationaux à Rio, a ému les adultes présents en les interpellant sur l’avenir de la jeunesse qu’elle représentait. Son texte est construit à la fois sur des faits, le constat d’une pollution de plus en plus reconnue et sur le jeu des émotions puisqu’elle évoquera les changements qu’elle aura pu constater dans sa propre vie : mort de poissons atteint de cancer, disparition d’espèces de son vivant. Maniant les anaphores  pour produire un effet d’insistance sur l’auditoire, les questions rhétoriques pour le prendre à parti, le récit d’anecdotes empruntées à son vécu, elle bouleverse le monde car son discours va être largement diffusé et aujourd’hui encore il est souvent repris à l’instar des discours de Greta Thunberg pour alerter sur l’inaction des gouvernements en matière environnementale.

-Arguments en orange 

-Mots de liaison qui font le lien à l'intérieur de l"'argumentation en bleu 

-En noir les exemples analysés pour étayer les arguments

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