Commentaire de Une Charogne de Baudelaire
Commentaire en video très vivant pour approfondir ce que nous avons fait en classe.
Réponse de Daïrick à la question des points communs avec "Mignonne allons voir si la rose..."
Les points communs sont tout d'abord que les deux poèmes sont dédiés à une personne à laquelle le poète s'adresse. On remarque que les deux auteurs invitent leur amour à venir contempler une chose soit destinée à mourir , la rose,pour Cassandre, soit déjà morte, la charogne, pour leur faire prendre conscience de la proximité de la mort . Mais ils n'ont pas la même conception de l'amour car Baudelaire, à la fin d'une charogne, prétend continuer à aimer même après la mort et conserver par la poésie le souvenir de cet amour, alors que Ronsard suggère que la vieillesse, qui fait ternir la beauté, lui ôtera aussi l'amour, que par conséquent, il ne s'intéressera plus à elle et qu'elle doit profiter de sa jeunesse et se laisser aimer.
découpage proposé en cours
Strophes 1 et 2 : souvenir de l’apparition de la charogne.
- Convocation par le poète d’un souvenir a priori vécu avec sa bien-aimée (« mon âme »). L’apostrophe « mon âme » peut aussi révéler qu’il s’adresse à lui-même. → trois destinataires possibles : une femme, lui-même, et le lecteur quoi qu’il en soit.
- Impératif (« rappelez-vous ») : devoir de se souvenir, devoir de rester dans une mémoire éternelle, le poème fixe pour l’éternité la beauté de la scène qui est décrite.
- Narratif sur les 2 premiers vers puis dominante descriptive après l’apparition fortuite (« au détour de ») de la « charogne ». Apparition = événement central du poème.
- Au moment de cette apparition, autre changement, radical : on passe d’un registre lyrique (valorisation de la nature, cadre idyllique, bucolique « ce beau matin d’été si doux » + expression d’une nostalgie + sentiment amoureux « mon âme ») à un objet répugnant : la charogne, c’est-à-dire un cadavre de bête en putréfaction.
- On note déjà dans ce passage des rapprochements étonnants entre des éléments « normalement » opposés : « mon âme », rime avec « charogne infâme », comme si déjà le poète rapprochait sa bien-aimée du cadavre animal. + sensation de douceur rapprochée des « cailloux » avec le nom « lit » et l’adjectif « doux » qui rime.
- Le deuxième quatrain bascule violemment dans une personnification qui peut choquer le lecteur : la charogne est comparée à une « femme » pleine de désir sexuel, dans une posture lascive, voire carrément suggestive. Au-delà de la réaction dégoûtée que l’on peut ressentir, il faut voir la manière dont Baudelaire donne une peinture pleine de vie (expression du désir) d’une nature morte.
Strophes 3 à 6 : description d’un spectacle plein de vie.
- Le soleil est comme un projecteur de théâtre qui met en valeur l’objet qui se trouve sur la scène, jusqu’à le rendre appétissant, avec la comparaison culinaire, vers 10, où la charogne fait penser à un morceau de viande (dont on retrouvera l’image au vers 36).
- Le champ lexical de la décrépitude (ou de la putréfaction) s’entremêle àtout au long de ces quatrains avec celui de la vie (ou de la nature). Baudelaire fait ressortir et ressentir le cycle mort-vie, en montrant comme l’une est à l’origine de l’autre. On peut aller jusqu’à méditer sur l’idée que la mort fait partie de la vie et inversement.
- Un verbes de mouvement, personnificationsàmonde vivant émerge du cadavre d’éléments naturels, pluriels (« mouches », « larves »), etc. jusqu’à l’idée d’une renaissance : « le corps, enflé d’un souffle vague,/ vivait »), comme si on avait insufflé la vie de nouveau dans le cadavre.
- Nombreuses rimes sont à relever, notamment celles qui rapprochent des éléments opposés (ex : « s’épanouir »/ « évanouir » ; « pourriture »/ « Nature »).
Strophes 7 et 8 : convocation des arts.
- Images activités humaines,àqui renvoient à des techniques et des arts productions artificielles (par opposition à « la grande Nature » des quatrains précédents).
- « musique », danse, activité du vanneur (paysan qui trie les grains de blé « dans son van »), peinture.
- Parallèle à faire entre les démarches du peintre du quatrain n°8 et du poète, qui consistent à représenter le « souvenir » de la vision d’une nature morte.
Strophe 9 : un objet de désir ?
- Image d’un charognard (la « chienne ») qui aurait été dérangé par les deux amoureux en plein repas. Baudelaire lui attribue des émotions : la crainte et la colère.
- Idée que la charogne pourrait être dérobée par les humains, comme si elle pouvait être un objet de rivalité entre la chienne et eux.
Strophes 10 et 11 : memento mori (= « souviens-toi que tu vas mourir »)
- Des vers 3 à 36, on avait des imparfaits de description. Apparait ici le futur, conjugué à la formule de politesse (« vous »), et accompagné expression de l’amour à l’égardàd’apostrophes amoureuses nombreuses. de la destinataire du poème (lyrisme).
- Les termes qui semblent péjoratifs vers 37-38 sonnent une malédiction, contradictoire avec l’idée de l’amour. Mais il ne s’agit que d’un paradoxe, dû au caractère spirituel de ce quatrain, qui rappelle, à la bien –aimée comme au lecteur de Baudelaire, que nous allons mourir.
Strophe 12 : la promesse du poète, alchimiste et amoureux.
- le poète s’exprime personnellement.àSeule occurrence du pronom personnel « je »
- Deux degrés de lecture :
- Dans la relation entre le poète et la destinataire du texte, c’est l’amour éternel qui s’exprime : Baudelaire aimera sa bien-aimée au-delà de sa mort ;
- Le rôle du poète est de faire atteindre l’éternité aux choses, par le langage poétique. Il « [a] gardé la forme et l’essence divine », c’est-à-dire la quintessence, la singularité, l’être-même non seulement de la femme qu’il aime, mais aussi d’un objet aussi insignifiant et/ou répugnant qu’une charogne découverte fortuitement « au détour d’un sentier ». Il sublime le réel grâce au regard particulier qu’il sait porter sur la singularité des choses. Une charogne devient l’antre d’un monde vivant, musical, beau. Et il est en même temps le prétexte à une réflexion sur la mort, celle de la bien-aimée, celle de tous au final. Car la voix du poète parle au-delà des dichotomies beau-laid, bien-mal, vie-mort.
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